Concurrence internationale : les entreprises sont-elles armees pour attirer les talents et les competences ?

Concurrence internationale : les entreprises sont-elles armées pour attirer les talents et les compétences ?

[Available in English] July 2015

Renforcement du dialogue public-privé pour repenser les politiques de la migration du travail et la mobilité internationale des compétences dans le cadre du FMMD

Rencontre co-organisée par la présidence turque du FMMD et le gouvernement suisse, 15-16 mai 2015, Istanbul, Turquie

Bettina Etter, Program Officer, GPMD, SDC, Bern


Introduction
La rencontre des entreprises du Forum mondial sur la migration et le développement (FMMD) organisée sur les thèmes de la concurrence mondiale pour attirer les talents et les compétences, et de la mobilité internationale des compétences a réuni des décideurs issus d’entreprises internationales et des hauts responsables de la politique migratoire de différents pays. Les participants ont pu débattre des défis posés et des opportunités offertes par les politiques innovantes de mise en concordance des compétences, les mécanismes de recrutement et les règlementations relatives à la migration du travail. L’objectif était notamment de cerner les attentes du secteur privé vis-à-vis des gouvernements en matière de politique de migration du travail favorable aux entreprises, d’identifier les intérêts convergents et divergents et de déterminer les domaines (communs) d’action. Les conclusions et les recommandations formulées couvrent une multitude de sujets, parmi lesquels l’instauration d’un dialogue public-privé régulier sur la politique migratoire dans le cadre du FMMD.

 

Principaux sujets abordés


Coopération public-privé et responsabilité partagée

Les gouvernements doivent accepter et comprendre que la mobilité du travail et la mobilité de l’emploi sont essentielles pour le bien-être économique d’un pays. Le secteur privé doit quant à lui œuvrer pour l’identification des besoins du marché du travail et s’engager résolument en faveur de la migration et des changements de politique qu’elle implique, plutôt que de conclure des accords individuels avec les gouvernements. La gestion de la migration passe par une coopération étroite entre le secteur public et le secteur privé dans le domaine de la politique migratoire. Cette coopération devra prendre la forme d’un partenariat axé sur l’action pour permettre l’émergence de solutions communes. Les entreprises et les gouvernements doivent travailler main dans la main pour accroître la flexibilité et l’efficacité des politiques migratoires, et par là-même améliorer la croissance économique, la prospérité et la concurrence internationale. L’établissement de partenariats locaux (au niveau municipal, p. ex.) revêt une importance particulière.

Mise en concordance des compétences avec les besoins du marché du travail

Les processus de mise en concordance de l’offre et de la demande de compétences et le développement des compétences à long terme ‒ composantes essentielles de toute politique de la migration du travail ‒ doivent être renforcés. Des efforts devront être déployés par les secteurs public et privé en matière de reconnaissance des compétences, des qualifications et de l’expérience ainsi que d’amélioration des systèmes de formation nationaux afin de répondre à l’avenir à la demande de travailleurs qualifiés. Peu informées des possibilités de recrutement à l’étranger, les PME tendent à appliquer des stratégies de recrutement classiques qui ne leur permettent pas de trouver les compétences souhaitées. De plus, elles ne disposent généralement pas de structures de formation internes. En s’associant, elles pourraient investir dans des stratégies de recrutement et développer les compétences via des structures de formation communes. L’accent a été mis durant les débats sur l’accès aux processus de reconnaissance des compétences pour les travailleurs peu ou moyennement qualifiés, ainsi que pour les requérants d’asile.


Mobilité

La coopération public-privé doit permettre de réduire les obstacles à la mobilité. La mobilité va de pair avec la reconnaissance des compétences et la transférabilité entre les pays et les régions. La mobilité des talents renforce la diversité. Celle-ci donne des résultats qui, à leur tour, contribuent au succès et au rayonnement mondial des entreprises. La mobilité, à long comme à court terme, est essentielle pour la compétitivité des entreprises (flexibilité de la mobilité). Enfin, de plus grands efforts doivent être consentis pour attirer et retenir les travailleurs peu qualifiés qui ont moins d’opportunités de mobilité que les travailleurs qualifiés. Les mesures incitatives doivent également leur être destinées (visas à entrées multiples pour les travailleurs saisonniers, hébergement, offres de formation, etc.).

Recrutement équitable, droits de l’homme et intégration

Garantir l’équité dans les procédures de recrutement est dans l’intérêt des secteurs public comme privé, qui doivent collaborer pour réduire les abus et l’exploitation des travailleurs. La gouvernance défaillante et l’absence ou quasi-absence de lois dans certains pays d’origine, de transit et de destination obligent les entreprises, les gouvernements, les employeurs et les travailleurs à négocier avec les agences de recrutement pour parvenir à une stratégie gagnant-gagnant avec une responsabilité partagée entre tous les partenaires sociaux (p. ex. Système international d’intégrité du recrutement (International Recruitment Integrity System, IRIS) de l’OIM). La responsabilité sociale des entreprises peut contribuer à réduire l’exploitation des travailleurs et la traite des êtres humains. Pour prévenir les abus et l’exploitation, les gouvernements peuvent par ailleurs jouer un rôle de régulateur (inspecteurs du marché du travail, p. ex.). Le rôle des gouvernements est essentiel pour garantir la sécurité, l’accès aux soins et la protection des travailleurs migrants. Les conditions de travail doivent par ailleurs être améliorées pour encourager la croissance et accroître la productivité.


Intégration et bien-être social 

Les gouvernements et les entreprises devraient coopérer pour garantir l’intégration économique et sociale des travailleurs migrants : élaboration d’un cadre réglementaire adapté par les premiers, offre d’avantages sociaux supplémentaires par les seconds. Différents types d’outils ont été recommandés : programmes de sensibilisation, mesures pour encourager les travailleurs étrangers à collaborer avec les travailleurs locaux, paquet social spécial migrants incluant des droits et des avantages sociaux (options légales de base, avantages supplémentaires proposés par les entreprises), fonds de pension géré par des institutions financières intégrant les versements des migrants.
Discours et attitude vis-à-vis de l’opinion, perception par le grand public ‒ Dans le cadre des débats publics, les entreprises et les gouvernements doivent parler d’une même voix et mettre en avant les aspects positifs de la migration, tels que la possibilité de recruter les bonnes personnes et de trouver de nouveaux débouchés, l’élaboration de schémas de formation pertinents et la sensibilisation aux droits humains des migrants. Il est primordial de présenter le retour sur investissement ainsi que des données régionales et mondiales illustrant les avantages de la migration des talents. Les gouvernements doivent adopter une attitude pro-migration. Le secteur privé peut quant à lui envoyer un message fort aux gouvernements et au grand public en présentant la migration comme un atout pour les entreprises et donc pour la prospérité globale. La collaboration public-privé doit permettre d’accroître la communication à l’attention de l’opinion sur la migration des travailleurs. La présentation de faits et chiffres est essentielle pour influencer la perception de la migration par le grand public.

Prochaine étape : poursuite de la concertation public-privé au sein du FMMD au sujet de politiques migratoires pertinentes pour les entreprises
Un mécanisme de concertation régulière entre les secteurs public et privé doit s’instaurer sur la base des conclusions de la rencontre des entreprises du FMMD. Cette concertation garantira la poursuite du dialogue sur l’application d’une politique migratoire saine et moderne qui prenne en compte les intérêts économiques, stimule les initiatives public-privé et encourage les innovations politiques.
La Suisse a présenté une proposition de mécanisme de concertation régulière public-privé dans le cadre du FMMD. Les représentants des gouvernements et des entreprises ont salué l’effort d’institutionnalisation du dialogue public-privé au sein du FMMD. La proposition s’articule autour des quatre axes suivants :

  1. Un comité consultatif des entreprises du FMMD, éventuellement coprésidé par le Conseil de l’agenda mondial sur la migration du Forum économique mondial et l’Organisation internationale des employeurs (OIE)
  2. Une rencontre des entreprises du FMMD, au cours de laquelle sont abordés des sujets d’importance mondiale à la croisée de la sphère économique et de la politique migratoire
  3. Une table ronde des entreprises au sommet annuel du FMMD, qui veille à ce que les conclusions des rencontres des entreprises du FMMD soient intégrées dans les débats du FMMD
  4. Une foire des entreprises du FMMD, lieu de rencontre informel pour les entreprises, les associations professionnelles et les responsables politiques des gouvernements, les organisations internationales et la société civile

 

Entre la rencontre des entreprises du FMMD de mai 2015 et le sommet du FMMD d’octobre 2015, la consultation se poursuivra entre les représentants clés du secteur privé, les gouvernements engagés dans le FMMD et les autres parties intéressées. L’objectif est d’élaborer une proposition pour le futur mécanisme de concertation public-privé dans le cadre du FFMD. En accord avec la troïka et le comité de pilotage FMMD, ce mécanisme de concertation sera soumis pour approbation au sommet prévu à Istanbul du 14 au 16 octobre prochains. Les Amis du forum en ont été informés.

Il importera en particulier de poursuivre l’examen de la proposition avec la future présidence du FMMD (Bangladesh) qui aura la responsabilité et la chance de lancer le nouveau schéma de concertation. Il conviendra par ailleurs de déterminer les rôles du Conseil de l’agenda mondial sur la migration du Forum économique mondial et de l’OIE en termes d’organisation et de coordination de la concertation entre le secteur privé et le FMMD. La proposition formulée pour le futur mécanisme de concertation devra être approuvée par ces parties prenantes avant que la présidence turque du FMMD ne consulte le Comité de pilotage et les Amis du forum en septembre en vue de l’approbation du nouveau schéma de concertation par la communauté FMMD lors du sommet annuel d’octobre 2015.


Lien vers le site du FMMD (en  anglais) : http://www.gfmd.org/news/are-businesses-fit-compete-global-competition-skills