Le Reseau Afrique de l’Ouest pour la protection des enfants – Objectifs, resultats et perspectives

​​​Le Réseau Afrique de l’Ouest pour la protection des enfants – Objectifs, résultats et perspectives

[Available in English] July 2015

Olivier Geissler, SERVICE SOCIAL INTERNATIONAL, Fondation suisse (Genève). Courriel : ssi-og@ssiss.ch
Dr Djibril FALL, SERVICE SOCIAL INTERNATIONAL, Représentant en Afrique de l’Ouest. Courriel : ssi-df@ssiss.ch

 

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La mission principale du Réseau Afrique de l’Ouest pour la protection des enfants -RAO- (1) est la protection transnationale et la réinsertion sociale, éducative et professionnelle des enfants vulnérables et des jeunes migrants qui se déplacent entre les pays de cette région.

Résumé

Depuis 2005, les Etats d’Afrique de l’Ouest ont mis au point un mécanisme de coopération visant à protéger et à réinsérer les jeunes migrants. Aujourd’hui, les quinze Etats de la CEDEAO participent à cette collaboration régionale. Le RAO apporte son aide à un millier de jeunes migrants chaque année, selon un schéma d’intervention harmonisé. Cette initiative sud-sud bénéficie du soutien de la branche suisse du Service social international (SSI) et de ses correspondants en Afrique de l’Ouest.

Genèse de l’initiative

Depuis 2000, les branches du SSI de Suisse et de différents pays européens ont eu affaire à plusieurs cas de mineurs non accompagnés, venant notamment d’Afrique de l’Ouest. Face à cette situation, l’organisation a entamé un dialogue avec différents acteurs dans les pays concernés afin de mieux saisir le phénomène et de mettre au point des mesures communes. L’analyse a montré que beaucoup d’enfants se déplacent au sein de l’Afrique de l’Ouest, mais que peu d’entre eux cherchent à gagner l’Europe. La plupart quittent leur village pour se rendre dans les villes proches ou les pays voisins. Le phénomène est donc avant tout sud-sud, et les solutions doivent être élaborées en conséquence.

Libre circulation en Afrique de l’Ouest, mais protection insuffisante des migrants vulnérables

Il ne fait aucun doute que l’Afrique de l’Ouest est une région de grande mobilité. De nombreuses routes commerciales et migratoires existent depuis des siècles au sein même de la région et à travers celle-ci vers le Maghreb ou l’Afrique centrale. Depuis l’adoption en 1979 du protocole de la CEDEAO sur la libre circulation des personnes, les Etats membres œuvrent à l’instauration d’une véritable sous-région sans frontières.

Malheureusement, les mesures mises en place pour protéger les groupes vulnérables tels que les enfants se déplaçant dans l’espace CEDEAO et dans d’autres régions sont restées insuffisantes. Le problème des enfants qui migrent seuls n’est pas abordé. Ce groupe est spécialement vulnérable : premièrement, ce sont des enfants ; deuxièmement, ils ne sont pas accompagnés par des adultes qui les prennent en charge ; troisièmement, ils ont un statut de migrants. La plupart des instruments relatifs aux droits des enfants comprennent des dispositions particulières sur les enfants migrants, mais la protection est souvent négligée dans les politiques migratoires, qu’elles soient nationales ou régionales. Qui plus est, la Convention des Nations Unies relative aux droits de l'enfant stipule que les Etats doivent protéger les enfants où qu’ils soient, indépendamment de leurs origines.

L’un des facteurs qui empêche une protection efficace au niveau régional est l’absence de collaboration et de coordination entre les acteurs des Etats membres chargés de mettre en œuvre les mesures de protection dans la région. Le RAO a été créé pour remédier à cette situation.

Coopération étendue de trois à quinze pays

Un projet pilote a été lancé en 2005/2006, auquel ont participé le Sénégal, le Mali et la Guinée-Bissau. Son but était de mettre en lien des acteurs dans ces pays pour réinsérer les enfants au plan transnational. L’évaluation a révélé qu’une collaboration avec d’autres pays était nécessaire. A ce stade, le RAO a associé les autorités étatiques au processus et élaboré une stratégie de réseautage, en mettant en place des collaborations avec des acteurs locaux afin de couvrir les territoires nationaux. Partant de ce projet pilote, l’initiative a été étendue à six autres pays. En 2010, les Etats membres ont constaté que les mouvements d’enfants concernaient l’ensemble de la région et se sont fixé pour objectif d’instaurer une coopération entre les quinze pays de la CEDEAO. Cet objectif a été atteint en 2013, rendant possible la réinsertion transnationale des enfants et des jeunes migrants dans tous les pays de la région. 

Organisation du RAO

La démarche se fonde sur l’exploitation des synergies et le renforcement des ressources existantes, qu’elles soient étatiques, civiles ou internationales, ainsi que sur leur interconnexion. L’approche participative du programme est adoptée dès l’identification des besoins. Elle continue à être appliquée pour développer et mettre en œuvre les activités du réseau.

Dans chaque pays, une ONG partenaire est chargée de coordonner les activités et de mettre en place la collaboration avec des acteurs locaux. Une fois par année, le Comité de pilotage du RAO, composé des délégations des quinze pays de la CEDEAO et de représentants de la société civile, se réunit pour examiner les résultats et décider de la future orientation du réseau.

Soutien et suivi individuels pour chaque jeune migrant

L’activité quotidienne principale du réseau consiste à identifier, protéger et réinsérer les enfants en situation vulnérable et les jeunes migrants dans leur pays d’origine ou dans un pays tiers. Le processus de prise en charge comporte six étapes, qui vont de l’identification de l’enfant jusqu’à sa réintégration. Un projet de réinsertion individuel est défini avec le jeune concerné, en fonction de son âge et de sa maturité. Il peut s’agir d’une (re)scolarisation, d’une formation professionnelle ou de la mise en place d’une activité lucrative alignée sur les ressources existantes et les besoins spécifiques. Le jeune bénéficiaire est suivi pendant deux ans. Quelque 5000 enfants et jeunes migrants ont été encadrés jusqu’ici.

Renforcement des capacités
Le réseautage entre les acteurs est rendu possible par la mise au point d’une procédure commune fondée sur des normes harmonisées arrêtées par l’initiative. Il est ainsi possible d’assurer la qualité de la prise en charge des enfants. La SSI et les partenaires assurent la formation afin de renforcer les capacités des acteurs (ONG, services sociaux, organes chargés d’appliquer la loi, etc.) et d’améliorer ainsi la qualité de l’encadrement. Des entités nationales et sous-régionales (telles que le secrétariat de l’Union du fleuve Mano) bénéficient également d’une expertise et d’une facilitation afin qu’elles puissent mettre en place des mécanismes ou des politiques de protection des jeunes migrants.

 Coopération par-delà l’Afrique de l’Ouest

Le RAO comble une lacune dans le domaine de la coopération en Afrique de l’Ouest, en reliant entre eux les systèmes de protection de l’enfance de la région. Son objectif : proposer et renforcer une procédure professionnelle de prise en charge afin d’assurer des soins de qualité aux jeunes migrants vulnérables ainsi que leur protection et leur réinsertion. La SSI est actuellement à la recherche de ressources permettant d’étendre la coopération à d’autres régions, telles que l’Afrique centrale, le Maghreb et l’Europe, dans le but de mettre en œuvre une protection efficace des migrants vulnérables entre les régions d’origine, de transit et de destination.

(1) Le RAO bénéficie du soutien de la Direction du développement et de la coopération (DDC), de la Commission européenne et de différents sponsors privés.

 

Ecoutez Djibril Fall

 

 

​Pour plus d’informations, voir notre site Réseau Afrique de l’Ouest pour la protection des enfants www.resao.org et le site de la Fondation suisse du Service social international www.ssiss.ch