Le MICRCR s’engage pour la protection des migrants

Le MICRCR s’engage pour la protection des migrants

​July 2015

Fernand Azonnanon, Point Focal, Projet "Droits des migrants en action, Croix-Rouge Béninoise, Porto-Novo.

 

Ecoutez le témoignage de Fernand Azoannon concernant l'importance d'ouvrer pour les droits des migrants en Afrique de l'Ouest

 

 

 

Le Mouvement International de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge (MICRCR) définit les migrants comme « des personnes qui quittent ou fuient leur foyer pour une nouvelle destination – souvent à l’étranger – dans l’espoir d’y trouver des conditions d’existence meilleures et plus sûres ». De ce point de vue, la migration peut être volontaire ou forcée, mais, en règle générale, c’est une combinaison de choix et de contraintes qui conduit à la décision de tenter ailleurs un nouveau départ. Tout comme pour s’inscrire dans la logique de l’adage dans certaines communautés du nord Bénin, selon lequel : « la poussière des pieds vaut mieux que la poussière des fesses ». En d’autres termes, marcher vers des destinations lointaines à la recherche d’un « mieux-être », est préférable à végéter surplace dans la misère locale.

Les problématiques
De nombreux migrants s’intègrent relativement bien dans leurs nouvelles communautés, mais d’autres sont confrontés à de sérieuses difficultés. Ce sont ces derniers qui réclament en priorité l’attention de la FICR.


Leurs systèmes traditionnels de soutien ayant disparu, ils sont souvent dans l’incapacité de bénéficier des services de santé et d’aide sociale les plus élémentaires. Certains perdent tout contact avec leurs familles et leurs communautés d’origine et sont victimes de trafic humain et autres formes d’exploitation.


Durant leur migration, il arrive qu’ils soient arrêtés et placés en détention. Souvent, ils se heurtent à des barrières linguistiques et culturelles, à la discrimination et à l’exclusion, voire à la violence. Femmes, enfants et mineurs non accompagnés sont particulièrement vulnérables.


Travailler pour alléger les souffrances des migrants vulnérables fait partie de la mission, des principes fondamentaux et du caractère universel du MICRCR. En tant qu’auxiliaire des pouvoirs publics, les Sociétés Nationales de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge s’emploient quotidiennement dans les pays d’origine et de destination, dans les régions et tout au long des couloirs de migration de manière à réduire les vulnérabilités des migrants, sans aucune distinction de leur statut légal.


Les conférences internationales et assemblée générales de Fédération Internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge (FICR) ont souligné ces dernières années l’importance de répondre aux vulnérabilités des migrants. En 2010, le Mouvement a pris l’engagement  à Amman de plaidoyer en faveur de la réponse aux besoins humanitaires des migrants et des populations déplacées internes et en 2011, la 31ème Conférence Internationale de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge a adopté une résolution sur la migration, en vue de garantir l’accès des migrants aux services sociaux de base, à la dignité et au respect de leurs droits à la diversité et à l’intégration sociale.


Le projet « Droits des migrants en action » cofinancé par la FICR et l’UE


C’est cette suite logique que la FICR a initié depuis 2014, avec un financement de l’Union Européenne, un projet de 3 ans, intitulé « Droits des migrants en action », ciblant 15 pays à savoir : le Benin, la République Dominicaine, l’Equateur, l’Ethiopie, le Honduras, l’Indonésie, la Jordanie, le Kazakhstan, le Liban, le Maroc, le Népal, la Russie, le Tadjikistan, la Thaïlande et le Zimbabwe.


Le projet accorde la priorité à une approche centrée sur les migrants, assure la consultation avec les individus et les communautés de migrants et veille à ce que leurs opinions soient prises en compte à tout moment. Cela permettra d'assurer que les intérêts, les besoins et les capacités des migrants ne soient pas fondées sur des hypothèses faites en leur nom par des tiers, y compris les autorités publiques, la société civile et le grand public.


Au Bénin, le phénomène de mobilités et de migrations des enfants et femmes vulnérables a pris des proportions alarmantes depuis « le boom pétrolier » des années 80 au Nigeria. Des dizaines d’enfants et femmes en partance des villages lacustres du sud se déplacent volontairement vers des fermes et centres commerciaux du Nigeria, dans l’espoir d’y trouver des activités lucratives, ou carrément un « mieux-être socio-économique ». Ces groupes vulnérables sont trop souvent exploités dans la contrebande et le trafic illicite des produits pétroliers depuis le Nigeria vers les régions côtières des départements de l’Ouémé et de l’Atlantique (sur le territoire béninois.


Dans le nord et le centre du pays, on constate également l’importance d’une migration saisonnière impliquant un exode massif vers des horizons lointains, à la recherche de terres agricoles, d’opportunités commerciales. La plupart de ces jeunes migrants (filles et garçons) vont servir dans des fermes agricoles au Nigeria ou travailler comme des domestiques partout où des opportunités se présentent. Dans beaucoup de cas, ces déplacements se font spontanément et dans une improvisation à plusieurs inconnus. Les parents sont rarement au courant de ces départs et dans les cas où ils le sont, leur niveau de pauvreté et de paupérisation ne leur laisse aucun argument pour dissuader les enfants. Car, les causes de départ sont aussi liées aux contraintes familiales internes, telles que la honte familiale, la pression des inégalités communautaires et le manque de perspectives d’emploi.


Dans ce contexte béninois de plus en plus favorable à la migration des jeunes, le projet « Droits des Migrants en Action » vise à développer une approche focalisée sur le mécanisme de Réduction des Risques et de Gestion des Catastrophes de la Croix-Rouge.


Il s’agira concrètement de développer des activités d’assistance pour améliorer l’accès des migrants travailleurs domestiques aux services publics dans les domaines de l’administration, l’assistance juridique, l’accès à la santé et à l’éducation de base (pour les enfants), l’accès aux infrastructures d’hygiène et d’approvisionnement en eau potable. Le projet pourrait également soutenir des initiatives commerciales et de production agropastorales, le tout dans une approche intégrée impliquant les OSC, les associations des migrants, les syndicats des travailleurs et d’autres partenaires intervenant dans le domaine de la thématique migratoire au Bénin. Par ailleurs, le MICRCR voudrait saisir l’occasion de ce projet pour expérimenter l’élargissement des activités du Service de Recherche et de Rétablissement des liens Familiaux à la thématique migratoire. Les migrants et d’autres personnes en mobilités pourront ainsi bénéficier du service RLF de la Croix-Rouge pour garder le contact avec les membres de leurs familles ; et vice-versa dans les pays de destination et tout au long des couloirs de migration. La finalité de cette approche au Bénin, permettra à la FICR et aux SN Croix-Rouge et Croissant-Rouge de la sous-région ouest africaine, de disposer d’un modèle d’intégration des lignes directrices et des outils de gestion des risques, ainsi que des leçons apprises et des résultats d’études de cas sur la thématique mobilités, migration et développement ; applicables aux domaines, tels que la santé, les moyens de subsistance, la sécurité alimentaire, les abris, l'eau et l'assainissement ; sans oublier le développement organisationnel.


Ce projet est une excellente opportunité pour les organisations de la société civile (OSC) travaillant dans le domaine des migrations, d'apprendre les unes des autres, de renforcer un réseau mondial et de se renforcer mutuellement par l'expérience partagée en vue d'atteindre un objectif commun.


Les OSC devraient travailler main dans la main avec les États et devrait principalement s’engager dans un plaidoyer pour faciliter l'accès des migrants aux services sociaux publics. En tant que tel, les autorités centrales et locales des pays sélectionnés, qui ont le devoir primordial de protéger et de servir les migrants présents sur leurs territoires, seront les principaux groupes cibles pour les activités de plaidoyer proposés.


Cependant, les bénéficiaires finaux seront la population migrante, en particulier les groupes les plus vulnérables (femmes, enfants, travailleurs domestiques migrants, victimes de la traite humaine et victimes d’autres sévères violations des droits dans des contextes de migration), leurs familles, et les migrants potentiels des pays ciblés concernés par la migration et la mobilité.


Le projet est actuellement en phase de lancement d’une étude référentielle et des travaux d’évaluation/sélection des meilleures notes conceptuelles soumises par les OSC à la Croix-Rouge Béninoise.


Une mise à jour des progrès réalisés et des expériences acquises par les OSC et le MICRCR dans la mise en œuvre de cette initiative sera partagée avec les membres du réseau dans les prochains mois.