Activités pilotes migration and développement local au nord Bénin - Bilan Intermédiaire

Activités pilotes migration and développement local au nord Bénin -  Bilan Intermédiaire

​April 2016 

Anja Seiler, Chargée d’étude M&D, Parakou, Benin , HELVETAS Swiss Intercooperation



Dans l’édition de juillet 2015, HELVETAS Bénin présentait le contexte migratoire de sa zone prioritaire d’intervention au Bénin, le département du Borgou, ainsi que les activités pilotes identifiées afin de mieux intégrer la mobilité dans son programme. Dans ce cadre, HELVETAS proposait de tester trois axes de travail : 1) renforcer les associations de migrants pour une participation améliorée à la gouvernance locale, 2) appuyer un dialogue communautaire en vue de favoriser une décision informée et une préparation de l’expérience migratoire et enfin 3) accompagner les collectivités territoriales à l’intégration de la mobilité dans le développement local.

Certains pilotes sont encore en cours, mais il est déjà possible de partager les premiers apprentissages tirés de leur mise en œuvre.

Le renforcement des associations de migrants testait l’hypothèse selon laquelle ces associations peuvent être renforcées dans leur capacité d’acteur de développement, qu’elles défendent les intérêts de leurs membres auprès de la commune et jouent un rôle clé pour la prévention et la gestion de conflits. Suite à aux échanges conduits avec ces associations, les activités visaient à renforcer ces acteurs, les sensibiliser sur leurs droits et devoirs et faciliter les liens avec les autorités locales. Les pilotes ont permis des appuis institutionnels et thématiques à deux associations, les Maliens de Parakou et les Natemba de Nikki sélectionnées sur la base de leur dynamisme. Un diagnostic institutionnel a permis de montrer que ces regroupements restent peu formalisés. Ils ont d’abord une vocation sociale et d’entraide au sein d’une même communauté. Ces structures ne définissent que rarement des projets et objectifs communs. Les appuis institutionnels ont permis aux associations de clarifier leurs statuts internes et d’opérer un recensement de leurs membres. Leur formalisation a permis d’asseoir leur visibilité vis-à-vis de l’extérieur et principalement de la commune, pour qui les associations représentent des relais et interlocuteurs utiles pour la diffusion de messages où la gestion de potentiels conflits. Le diagnostic a également souligné une demande d’appui sur les questions liées à la sécurisation du foncier. Cette dimension se révèle particulièrement importante pour les migrants internes à la recherche de terres cultivables et dont les droits d’usage et transactions foncières ne sont que rarement formalisés. Il est donc important d’assurer l’intégration des communautés migrantes dans les initiatives de vulgarisation du code foncier et de formalisation des droits d’usage. Les associations de migrants ont ici un rôle central à jouer dans la diffusion de l’information à leurs communautés respectives à des fins de prévention des conflits mais aussi dans leur gestion en jouant un rôle de relais entre les demandes de leurs communautés et les autorités locale (formelles ou non). Si les activités pilotes ont confirmé la faible structuration des associations de migrants dans le Borgou, elles peuvent jouer un rôle de premier plan dans la diffusion d’informations pour leurs communautés et en tant qu’interlocutrices régulières de la commune en vue de la prévention et gestion des conflits.

Un deuxième axe important s’intéressait à la mobilité des jeunes vers le Nigeria, phénomène d’ampleur dans les départements du Nord Bénin. Tenant compte des risques qui entourent le parcours migratoire, mais aussi le faible niveau d’information et de préparation des jeunes qui partent « à l’aventure », cet axe propose de tester la possibilité d’un dialogue communautaire sur les questions de mobilité en vue d’une décision informée sur le départ ou non. Il propose également d’accompagner les jeunes dans leurs réflexions sur le projet personnel et de les appuyer dans leur préparation si l’option migratoire est retenue, afin de faciliter l’atteinte des objectifs définis par le « projet personnel ».

Les activités pilotes ont permis de travailler avec les communautés dans six villages dont les populations ont préparé et assisté à des sensibilisations grand public complétées par des émissions radiophoniques. Des causeries educatives thématiques avec des cibles plus restreintes telles que les jeunes et les parents ont permis d’approfondir les discussions. Les séances et discussions ont confirmé les connaissances limitées des populations sur leurs droits et obligations. La cadre de la CEDEAO reste encore une réalité distante. Les premières informations récoltées sur le terrain révèlent qu’il est possible d’établir un espace de dialogue et de confiance au niveau communautaire pour aborder les questions liées à la mobilité. Le dialogue peut à la fois permettre une prise de décision réfléchie sur la migration et de préparer au mieux l’expérience migratoire afin de réduire la vulnérabilité des jeunes migrants.  
Dans cette phase pilote, quelques 123 jeunes ont été appuyés dans leurs réflexions et la définition de leur projet personnel. Une première volée de 59 jeunes a pu suivre des modules de formation générale et professionnelle dans le but de préparer leur migration vers le Nigeria. Cette formation a duré 12 jours et contenait des modules sur la santé et les conditions de travail, un renforcement de capacités agricoles liés à l’itinéraire technique des ignames et un module sur le contrat de travail et les aspects financiers. Un suivi sur l’utilité de cette formation suite au renforcement en capacités sera effectué après le cycle migratoire en fin de l’année 2016. 64 jeunes sont également appuyés sur des alternatives à la migration et notamment à s’engager dans une formation professionnelle.

Ces premiers résultats doivent encore être considérés de façon prudente. Certains pilotes sont encore en cours et seront évalués ces prochains mois, notamment s’agissant des modules de formations pour les jeunes migrants. Les activités de renforcement des communes sont également encore en cours. Les activités pilotes proposent néanmoins déjà quelques enseignements et pistes pour l’avenir. Si elles restent peu structurées, les associations de migrants jouent un rôle important de relais de l’information et doivent être valorisées comme interlocutrices dans la gouvernance locale. Comme le souligne l’exemple du foncier, elle peuvent jouer un rôle central dans la prévention des conflits, tenant compte en particulier des pressions démographiques en cours dans le Nord Bénin. La migration vers le Nigeria reste peu discutée et préparée. L’approche proposée montre qu’un dialogue communautaire sur cette question est non seulement possible mais suscite l’intérêt des jeunes pour un appui dans leurs réflexions et sur les conditions de migration. Enfin, les pilotes permettent de détacher des liens évidents avec les programmes en cours et la nécessité d’intégrer la dimension migratoire dans nos interventions, notamment en lien avec la formation professionnelle, gouvernance et gestion des conflits et économie rurale. Les pilotes fournissent en cela de premiers éléments pour une possible stratégie d’intervention.

Un groupe de jeunes suit une formation de préparation à la migration contenant un module sur l’hygiène et la santé dont la construction d’un tippy-tap pour le lavage des mains.



Sensibilisation communautaire sur la migration du travail et le passage de frontière d’un jeune avec un intermédiaire en destination du Nigeria.


Flyer: Activités Pilotes M&D – HELVETAS Bénin :

https://assets.helvetas.org/downloads/flyer_migra_benin_a4_fr_final.pdf